Analyse de la méthode de Singapour

Qu’est-ce que c’est ?

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Il n’y a pas « une » méthode de Singapour mais « des » méthodes de Singapour, tant les appropriations sont diverses. Il faut noter que c’est une trademark au passage (Singapore Math Inc®)

Au départ c’est un projet de Singapour lancé dans les années 80-90 pour élaborer une méthode corrigée, amendée pendant 15 ans…Les enseignants ont reçu beaucoup de formation en accompagnement…

La méthode de Singapour est dans les différents pays divisée en deux parties : la pratique guidée (« Textbooks A et B »  en France fusionné en un seul « manuel de cours ») et la pratique autonome  (Workbooks A (1 and 2) et B (1 and 2)) fusionné en fichiers  =  « cahiers d’exercices A et B »).

Mettre en place la méthode pour une classe de 25 élèves coûte 430€ (sans matériel !).

De façon générale, la méthode n’a rien de révolutionnaire. C’est une compilation de connaissance existantes, issues de la recherche. Elle s’appuie sur une démarche « ancienne » : le concret (manipuler) vers la représentation imagée (la représentation) puis le symbolisme (modélisation). Elle a le mérite de « remettre au gout du jour » des pratiques trop souvent délaissées dans les classes. Les fondements didactiques sont globalement solides.

Une de ses principales caractéristiques est l’utilisation du modèle en barre pour la résolution de problèmes d’arithmétique.

Exemples :

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Analyse de l’efficacité de la méthode

Bien que tous invoquent son « efficacité », force est de constater qu’il n’y a pas  de travaux de recherches témoignant de son efficacité en tant que méthode.

Certains vont dire : « Mais les pays qui l’ont adoptée ont amélioré leurs résultats !». Il faudrait alors analyser plus en détails … Éric Charbonnier, économiste, expert à l’OCDE, responsable de l’étude PISA en France remet à sa juste place la méthode de Singapour en suggérant opportunément que les succès obtenus par cet État en matière d’éducation sont avant tout dus « à la manière dont les enseignants sont traités et considérés », au fait que « 70 % des professeurs se sentent valorisés par la société » (contre 5 % en France !), qu’ils bénéficient d’une formation initiale et continue de qualité et adaptée à leurs besoins, que « les enseignants les plus expérimentés enseignent aux élèves les plus en difficulté » et que leur rémunération est meilleure qu’en France (ce qui évite notamment aux meilleurs la tentation d’aller vers l’enseignement privé). Quant à la méthode pédagogique elle-même, s’il la juge « très efficace », il prévient que sa seule adoption ne saurait suffire à améliorer les choses.

Pour ma part, quelques points qui doivent amener à faire preuve d’esprit critique par rapport aux résultats de Singapour (ou d’autres pays d’Asie) :

– Notre système de numération est complexe (décalage entre la désignation écrite et orale) contrairement à celui des pays asiatiques (et d’autres) : c’est une source de difficultés (les zones « 11-16 » et «60-99 »…)

– Les enseignants à Singapour disposent de 400 heures de formation initiale en mathématiques contre environ 80h en France (et au passage moins de 5% de PE venant de filière mathématique)

– Les enseignants à Singapour ont 100 heures de formation continue par an…et en maths en France ?

– En France, un élève peut connaitre une méthode (avec une approche didactique) différente chaque année (liberté pédagogique)…Ce souci de cohérence ne se trouve pas dans d’autres pays…

-Et c’est sans compter les différences de culture, les cours du soir (massifs en Asie, notamment à Singapour), la question des mathématiques dans notre société, etc.

Remarques sur la mise en œuvre à Singapour :

  • Les programmes diffèrent selon la réussite des élèves. Les élèves qui ont besoin de soutien ont 1h30 en plus par semaine, avec moins de compétences visées
  • Les programmes sont précis : addition et soustraction de nombres à 4 chiffres, multiplication d’un nombre à 2 chiffres par un nombre à un chiffre au maximum visé pour un élève « en renforcement » en CM2.

Les différences avec les autres méthodes

Là où, souvent, les enseignants français (en appui de manuels), ont tendance à cloisonner : séance de numération, géométrie/mesure, résolution de problèmes réparties dans la semaine, La méthode de Singapour enchaine sur un même domaine un nombre parfois important de séances (15 ou plus de suite) dans un esprit « massé ».

Elle met en œuvre davantage de « rebrassage » et les techniques opératoires prennent clairement appui sur la numération.

 Les fichiers sont épurés et clairs. C’est un point positif.

Les points de vigilance

La méthode (au sens général du terme) n’est pas parfaite et demande vigilance pour les raisons suivantes :

Sur ses principes :

  • Elle est fondée sur un principe individuel et sous tendu derrière de compétition entre élèves, à l’opposé d’autres compétences que l’école d’aujourd’hui veut construire (coopération).
  • Comme toute méthode, l’enseignant doit comprendre les principes et choix didactiques pour bien les mettre en œuvre (tous liront ils le livre théorique qui explicite la méthode ?).

Sur ses choix pédagogiques et didactiques :

  • Pour reprendre ce que dit R. Brissiaud, elle présente une difficulté didactique sur la question comptage-numérotage / Comptage-dénombrement…Le guide du maitre parle de « correspondance un par un »…
  • La programmation proposée en numération va beaucoup plus vite que les programmes ne le préconisent en CE1.
  • Elle fait des choix ambitieux (enseignement du signe x en CP), voire hors programmes (additions de deux fractions de dénominateurs différents).
  • L’ancienne version de la méthode est à bannir. La nouvelle édition 2016 est plus conforme à l’esprit et aux choix didactiques.
  • La schématisation est trop limitée au modèle « barre ». Une seule méthodologie est enseignée et modélisée. La soustraction est vue comme la partie d’un tout. Cette approche peut être hors de portée cognitive de certains élèves.
  • Elle me semble (comme les autres méthodes) d’un seul tenant : tous les élèves doivent suivre. Peu de place pensée et prévue pour les élèves en difficulté, -dys, sans appétence aux mathématiques, etc.
  • On ne développe aucune créativité, « souplesse » mathématique nécessaire pour conceptualiser, envisager d’autres approches…
  • Dans la démarche, la part d’écrit pour l’abstraction me semble insuffisante.
  • La programmation empêche une construction du sens efficiente : les nombres sont construits sur les opérations et il faut attendre longtemps avant de voir des nombres intervenir en mesures (longueur, monnaie etc.)
  • Apprentissage des tables relégué aux familles !
  • Pas de lien aux outils numériques.

En conclusion ?

Personnellement, la méthode me semble « meilleure » qu’un certain nombre de fichiers « classiques », mais d’autres récents sont de qualité (archimaths)…Elle n’est pas « mauvaise » objectivement. Je pense qu’elle peut fabriquer de bons techniciens, mais pas de « vrais » mathématiciens ! Elle demande une mise en œuvre en équipe (cycle) et un accompagnement.

Je rappelle que chaque méthode a des points forts et des points faibles (la mienne y compris !) et le point important c’est l’appropriation et l’usage par les enseignants. Sans compter la lecture (ou non) et la qualité (ou non!) des guides du maitre.

Par rapport à MHM ? Sans surprendre quiconque, je préfère MHM car l’approche y est plus diversifiée, plus pédagogique et offre plus de réponses à la gestion du cours double (difficile avec Singapour !), aux besoins des élèves (tous, les élèves en difficulté et les bons),  et que MHM offre une place au jeu, à la coopération, etc.

 

Extraits CE1 :

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